Ambiance soviétique au vide-grenier de Jussieu

 

Bouquins et badauds au vide-grenier de Jussieu, Paris © Valentin Izzo

 

Un lieu hors du temps à Jussieu

J'adore imaginer la vie des gens. Souvent je les prends en photo, parfois j’essaye d’écrire ce que je perçois d’eux.

À cette saison, avec le froid matinal, les vide greniers parisiens prennent des airs de marchés aux puces d'Allemagne de l'est. Les chapkas, foulards et chapeaux en tout genre fleurissent sur les têtes des badauds, au grand bonheur de celles ceux à la chevelure légère. Les longs manteaux en laine plus ou moins vierge et les fourrures plus ou moins véritables sont de sortie. Les brocanteurs amateurs et ceux qui en ont fait leur gagne-pain attendent anesthésiés par un froid piquant qu'une personne viennent les soulager d'une mappemonde de la guerre froide ou bien d'une cuillère en argent tout autant oxydée que son vendeur.

 

Un brocanteur fume une cigarette © Valentin Izzo

Vendeur de mappemondes faisant la sieste © Valentin Izzo

 

Il y a cette drôle d'atmosphère où le bourgeois du coin vient acheter un meuble hors d'âge et hors de prix à côté du couple de jeunes actifs heureux de trouver la lampe années 60 qui sublimera leur salon pour lequel ils se sont endettés sur les vingt-cinq prochaines années. Eux-mêmes sont à côté de la petite mamie qui comme tous les mois a pour seul plaisir de venir agrandir sa collection de dés à coudre en espérant croiser quelques sourires. Patience, dans quelques jours son fils viendra effectuer sa bonne action annuelle en faisant mine d'avoir été occupé chaque seconde du reste de l'année. Et oui, promis, c'est bien pour ça qu'il n'a pas pu venir chez elle. C'est aussi pour ça qu'il regrettera trop tard de ne pas avoir pris plus souvent soin d'elle.